COLLOQUE DU CODERPA du Cher sur le thème du
«Soutien à Domicile en France et au Canada»
Le Mardi 6 octobre 1998, environ 700 personnes venues de la région Centre et des départements limitrophes, se sont réunies au Palais des Congrès de Bourges à l'occasion du 6ème colloque du CODERPA du Cher sur le thème du «Soutien à Domicile, en France et au Canada».
Monsieur Robert REBEYROLLE, Vice Président du CODERPA ouvre le colloque.
Monsieur Serge BOUSQUIEL, Conseiller Général représentant Monsieur Serge VINCON, Président du Conseil Général, Madame Simone JACQUET, Conseiller Municipal de la Ville de Bourges et Madame le Préfet du Cher souhaitent la bienvenue aux participants ainsi qu'aux différents intervenants.
Monsieur Robert REBEYROLLE, Vice Président du CODERPA, et Monsieur le Dr Robert LEROUX, Gériatre honoraire, sont chargés de l'animation de cette manifestation.
L’AIDE MENAGERE FACE AUX TROUBLES DE COMPORTEMENT
Par Madame le Docteur Elisabeth HOVASSE-PRELY,
Psychiatre, Chef du Service Gériatrie à la Maison Médicale de la NOUE
et Madame Maryline PAILLIER, responsable du service d’aide ménagère du CCAS de Vierzon
Le rôle de l'aide ménagère a évolué ces dernières années. Il est passé du rôle de femme de ménage à celui "d'aide à la vie" pour des personnes âgées en perte d'autonomie, notamment mentale. Cette évolution pose des problèmes d'adaptation psychologique à ces professionnels qui n'ont pas été préparés à ces situations.
Depuis environ cinq ans, les aides ménagères, qui avaient essentiellement un rôle d'entretien du logement, sont devenues des aides à la vie faisant de nombreuses tâches qui vont du ménage à la distribution des médicaments, en passant par la toilette et l'aide à la gestion financière. Cette évolution est liée à la perte d'autonomie de plus en plus importante des personnes âgées pour lesquelles on demande une aide-ménagère.
Leur tâche se complique encore lorsque la personne a une perte d'autonomie mentale.
Des entretiens avec les aides ménagères du CCAS de VIERZON ont fait apparaître des difficultés spécifiques, notamment d'ordre psychologique lorsqu'elles doivent intervenir chez des personnes âgées ayant des troubles du comportement. Elles se trouvent confrontées à des situations que leur manque de formation empêche de gérer aussi bien qu'elles le souhaiteraient, notamment les situations de grand désordre, de manque d'hygiène, d'actes incohérents.
Même si certaines actions sont déjà menées pour les aider, l'analyse de leurs difficultés doit permettre d'améliorer leurs conditions psychologiques d'exercice et la qualité de la prise en charge des personnes âgées en difficulté psychique.
BILAN NATIONAL des SERICES de SOINS INFIRMIERS à DOMICILE (SSIAD)
Par Monsieur le Docteur Patrice PREVOST, Médecin Conseil à la CNAM de Rennes
Les services de soins infirmiers à domicile, créés en 1981, assurent les soins corporels d 'hygiène ainsi que les soins techniques infirmiers des personnes âgées dépendantes à domicile et en structure d'hébergement non médicalisée. Ils représentent 58.482 places et 3,28 milliards de francs en ] 997 pour la France entière.
Ces services participent au maintien à domicile mais le nombre de places couvre moins d'un quart des personnes en lourde perte d'autonomie vivant au dehors des établissements, prises en charge essentiellement par les infirmiers libéraux.
Le service médical du régime général d'Assurance Maladie dispose d'une base nationale de la prise en charge des personnes âgées en institution et à domicile. Cette base a permis une étude réalisée en 1996 intéressant 7169 personnes réparties dans 222 SIAD. Elle précise les principales caractéristiques de ces services par rapport aux autres types de prise en charge (services de soins de longue durée et sections de cure médicale) et en établit une typologie à partir du niveau de perte d'autonomie évalué par le modèle AGGIR.
Le niveau global de perte d'autonomie des populations en SIAD est identique à ce qui est constaté en sections de cure médicale. Les différences se situent au niveau des modalités de cette perte d'autonomie, les problèmes psychiatriques rendant le plus souvent difficile le maintien à domicile.
Cependant les services sont loin d'être homogènes en terme de populations prises en charge: une autonomie globalement bien conservée peut correspondre en effet à un recrutement inadéquat et, à contrario, une perte d'autonomie globale massive pose le problème de la qualité de la prise en charge au regard des moyens dont ils disposent actuellement.
La grande disparité existant au sein des 222 SIAO étudiés interroge sur l'opportunité d'une réforme de la tarification de ces services (actuellement basé sur un forfait plafonné) calquée sur la réforme en cours d'élaboration pour les structures d'hébergement des personnes âgées prenant en compte l'état réel des patients pris en charge. 
LES FAMILLES SONT-ELLES SUFFISAMMENT AIDEES ?
Par Mr le Docteur Victor ABBOUD , Service Gériatrie du Centre Hospitalier de Vierzon
Il s'agit d'une enquête menée auprès de 42 aidants naturels de personnes âgées atteintes d'un état démentiel vivant à domicile.
Le but était d'étudier le degré de dépendance de ces malades, d'évaluer les aides formelles ainsi que les difficultés et les souffrances qui pèsent sur les aidants.
Cette enquête met en évidence des situations qui paraissent surprenantes:
- Les 3/4 des malades sont en perte d'autonomie (groupes 1 , 2, 3), vivent et sont assurés à domicile avec une aide minime, lorsqu'elle existe, pour l'entourage.
- Le rôle du voisinage semble ne pas être pris suffisamment en compte par les professionnels de la santé. Celui-ci se révèle pourtant capable d'assumer certaines responsabilités avec l'avantage d'avoir un recul par rapport aux situations.
- La souffrance des aidants naturels est une constante dans les situations rencontrées : 4 filles disent avoir renoncé à une vie de couple pour s'occuper de leur parent; 25 % des aidants ont aussi des enfants à charge; 18 ont des insomnies. La disparition des activités sociales et des loisirs est retrouvée chez presque la totalité. 
La souffrance des aidants est également due à l'absence de soutien psychologique et au sentiment d'être isolé face au problème.
L'insuffisance des aides dans les situations rencontrées est flagrante:
- La moitié des malades des groupes 1 et 2 n'ont pas d'interventions du SSIAD ni d'Infirmière Diplômée d'Etat libérale. C'est leur famille seule qui les assume et qui aboutit à une attitude fataliste.
- aucun des malades ne bénéficie ni de garde-malade ni d'auxiliaire de vie et ce, pour des raisons financières;
- le SSIAD est dépassé par les demandes;
- 3/4 des malades ne bénéficient pas de séjours d'accueil temporaire ou de "répit familial" en institution; ce fait est dû surtout à un sentiment de culpabilité de l'entourage.
- 4 seulement bénéficient d'aide financière.
- enfin le rôle de l'assistante sociale n'est suffisamment connu ou pris en compte par les aidants naturels.
LE SOUTIEN A DOMICILE AU CANADA : L’EXEMPLE QUEBECOIS
Professeur Réjean HABERT, Institut Universitaire de Gériatrie de Scherbrooke ( Quebec)
Les trois principes du système de santé canadien sont la gratuité, l'universalité et l'accessibilité.
Au Québec, les soins de santé primaires sont dispensés par les Centres Locaux de Services Communautaires (CLSC). Les 151 CLSC du Québec desservent soit des quartiers en milieu métropolitain, soit des villes ou encore plusieurs villages d'une même région en milieu rural.
Régis par un conseil d'administration élu, les CLSC offrent des services de soins (médicaux et infirmiers), de réadaptation, d'aide (personnelle ou domestique) et psychosociaux à la population du territoire desservi. Le programme de maintien à domicile des CLSC dispense l'ensemble des services nécessaires aux personnes âgées en perte d'autonomie.
Suite à une évaluation des besoins de la personne, un plan d'intervention souvent multidisciplinaire sera appliqué. En plus du programme régulier, un service intensif de maintien à domicile est aussi disponible pour les personnes nécessitant plus de 10 heures de soins par semaine. Ces programmes sont complémentaires à l'implication de la famille et des proches qui sont responsables de 70 à 80 % des soins nécessaires.
Les CLSC collaborent étroitement avec les autres structures impliquées dans le maintien à domicile : hôpitaux de jour, centres de jour, centres d'hébergement (hébergement temporaire ou de dépannage), services gériatriques (unités d'évaluation, unités de réadaptation, consultations externes).