Le CODERPA du Cher a organise le 3 octobre 1995 son 3ème colloque annuel sur le thème de "la maladie d'Alzheimer".
En arrivant, chaque participant se voit remettre une mallette à son nom avec une documentation sur la maladie d'Alzheimer avant de gagner sa place dans le Grand Théâtre de la Maison de la Culture.
"La Maladie d'ALZHEIMER"
Monsieur le Préfet, président du CODERPA du Cher, ouvre le colloque et présente en quelques chiffres l'état de la population. Dans la région Centre, 22 % de la population a plus de 60 ans alors que dans le département du Cher ce taux est proche de 25 % dont une personne âgée de + de 60 ans sur quatre à plus de 75 ans.
Dans notre département des efforts ont été faits en matière de services d'aide aux personnes âgées : plus de 30 % d'augmentation du nombre de places en services de soins infirmiers à domicile en trois ans, soit une progression de 342 places à 457 places installées; le nombre de lits de cure médicale installés est passé toujours en trois ans, de 994 à 1 110 soit une progression de 12 %.
Néanmoins, le département du Cher avec un manque relevé par la CRAM de 850 lits de longs séjours et section de Cure Médicale, est celui qui connait en Région Centre, les besoins les plus importants.
Quant aux personnes atteintes de la maladie d'Alzheimer, leur nombre n'est pas connu. Pour les personnes désorientées une structure d'accueil existe sur la ville de Vierzon composée de 2 unités de 20 et 23 lits auxquelles s'ajoute un hôpital de jour.
Monsieur Serge BOUSQUIEL, Conseiller Général, représente Monsieur le Président du Conseil Général.
Il rappelle que la prestation dépendance devenue prestation autonomie représente un gros problème financier et un choix difficile.
Monsieur BOURDAUD, Vice Président de la CORERPA présente cette instance.
Madame Geneviève LAROQUE, Présidente de la Fondation Nationale de Gérontologie ouvre les travaux en présentant Monsieur Pierre KRZYSZOWSKI, psychologue du eHS de LORQUIN (Moselle) e
t son film :
"Alzheimer, si tu m'avais laissé vieillir".
Ce film, particulièrement poignant, montre l'état de déchéance progressive des malades et les problèmes causés tant à eux mêmes qu'à leur famille.
Madame le Docteur Elisabeth HOVASSE, Médecin Gériatre à la Maison de Cure Médicale de la Noue à VIERZON, nous parle ensuite des signes cliniques de la maladie d'Alzheimer.
Le premier signe est un trouble de la mémoire concernant un fait très récent. Le malade ne s'en rend pas compte. Quand les pertes de mémoire deviennent plus fréquentes, l'entourage doit engager la personne à consulter.
Ensuite, il y a diminution d'activité, difficulté à faire les choses habituelles, manque d'intérêt, anxiété, troubles du caractère enfin troubles du langage.
Cette lente évolution correspond-t elle vraiment à une maladie ?
Une dépression peut donner les mêmes symptômes : Un test intéressant, est la prescription d'antidrépresseurs. S'il y a amélioration, en principe il ne s'agit pas de la maladie d'Alzheimer.
Dans le cas contraire, le malade présente peu à peu des phases de désorientation dans le temps et dans l'espace. Les troubles de langage deviennent très importants mais le sujet conserve ses facultés de compréhension. Petit à petit, il ne connaît plus ni l'usage des objets ordinaires (apraxie), ni les objets eux mêmes et ne peut plus effectuer seul les actes essentiels de la vie (agnosie) . Il ne sait plus la programmation des actes. On aidera beaucoup le malade en lui redonnant la séquence de ce qu'il doit faire.
Le malade a une conscience angoissante de tous ces troubles ; il se sent agressé. Il a encore une très grande facilité à s'émouvoir. Il mange beaucoup mais maigrit. La motricité est bonne mais le malade est désorienté. Les symptômes s'aggravent inexorablement.
Ensuite, des troubles du sommeil, des hallucinations, des crises d'épilepsie peuvent survenir.
La famille se sent dépassée, le malade est alors hospitalisé. L'autonomie physique se dégrade, des troubles de la déglutition surviennent. On ne sait pas très bien comment ces malades meurent et ce qui se passe en eux.
Monsieur Jean-Marie VETEL, indisponible, est remplacé par Monsieur le Docteur LEROUX, Médecin Gériatre honoraire, membre du CODERPA qui nous parle de : "l'Alzhelmérien et ses médicaments
La maladie ne contredit aucun médicament mais ceux-ci doivent être pris en présence d'un tiers ou par injection.
Il faut examiner le malade pour déterminer la cause de certains troubles et les traiter. Surtout ne pas user de "camisole chimique".
La difficulté est de faire la distinction entre la démence et la maladie d'Alzheimer.
Il faut tenir compte des phases d'agressivité du malade déambulant. Celui- ci devrait pouvoir vivre en liberté dans un espace de tolérance.
N'en connaissant pas la cause, il n'y a pas de traitement curatif de cette maladie.
On s'est aperçu qu'au niveau de l'hippocampe, il y avait un manque en acétylcholine. On a donc synthétisé un médicament afin que l'acétylcholine se fixe au niveau de l'hippocampe: la tacrine.
Qui traiter par la tacrine ? les Alzheimériens seuls.
Donc, il est nécessaire d'effectuer tests et diagnostic par un spécialiste. Le traitement édicamenteux ne dispense pas de l'approche relationnelle très importante. Il demande d'ailleurs beaucoup de surveillance en raison des effets secondaires sur un plan digestif.
Une voie de recherche s'oriente vers les anticalciques. Les traitements viendront de la connaissance approfondie de la maladie.
Monsieur le Docteur PLATON absent, c'est Monsieur le Docteur RAFFIN du Centre Hospitalier de Saint-Amand qui intervient sur la vie affective et la communication avec les personnes atteintes de la maladie d'Alzheimer
Chez les déments, les troubles de la mémoire s'aggravent mais les malades restent partie prenante de ce qu'ils vivent. Ils ont des réactions de défense. Leur capacité d'expression est altérée ainsi que le langage construit. Mais l'expression paraverbale, corporelle demeure longtemps riche . Tout le corps parle mais il faut décoder le malade peut donner aux soigants un sentiment d'échec.
C'est au soignant de rétablir la communication rompue avec le malade, par la compréhension de ses appels, en privilégiant la communication affective, en la valorisant.
Le malade redécouvre tous les jours son environnement. Il faut si possible qu'il évolue dans un lieu agréable ; qu'il ait des contacts avec les mêmes personnes ; lui faire comprendre qu'on s'attache à respecter ses désirs, ses silences ; adopter un ton avenant, l'appeler nommément ; utiliser les rituels sociaux : serrer la main, avoir un contact physique, le toucher, adopter un rythme adapté au sien, déchiffrer ses codes linguistiques, donc l'observer régulièrement ; favoriser les associations d'idées; faciliter la compréhension de notre langage par des phrases simples ; ne pas utiliser de phrases interrogatives essayer de le ramener à l'instant réel.
peuvent percevoir des subventions de démarrage. Ils ont une visée surtout sociale; - L'hôpital de jour a un budget global et une visée thérapeutique.
L'après midi débute par le témoignage extrêmement émouvant de 3 membres de familles de malades.
Madame Denise Lallich, professeur, a vécu la lente dégradation de son mari lui-même enseignant.
C'est un défi à relever. On se sent extrêmement seul. On a l'impression d'être rejeté dans les couloirs de la mort.
Il faut faire face et s'organiser 3 jours par semaine en hôpital de jour où son mari est pris en charge, permettent à Mme Lallich de continuer à enseigner.
Au bout de 7 ans, devenu grabataire, son mari est parfois en hospitalisation temporaire, ce qui a préparé son hospitalisation définitive lors d'un accident dont a été victime Mme Lallich.
Après ces exposés très applaudis, une dizaine de personnes ont posé les questions qui 'les préoccupaient et auxquelles les intervenants ont répondu :
- Le dépistage précoce de la maladie facilite l'aide des' intervenants et ralenti ,,l'entrée en institution;
- La maladie d'Alzheimer ne semble pas héréditaire;
- Les centres de jour n'ont pas de prise en charge de fonctionnement mais
La famille est confrontée au poids du réel, au changement de personnalité du malade, au changement de regard de la société, au changement de rythme de vie, au changement dû à la perte d'autonomie du malade.
Il faut naviguer entre désespoir et réalisme, essayer d'avoir une vie positive, essayer de garder son malade acteur de sa vie le plus longtemps possible. On est blessé par des jugements qui alourdissent les frustrations. Il faut garder une vie sociale. Amis et soignants peuvent aider en écoutant les frustations. Il faut garder une vie sociale. Amis et soignants peuvent aider en écoutant sans idées préconçues. L'aide des petits enfants a été effective.
En 1986, avec l'aide de Mme Françoise Fraivre, Mme Lallich fonde "France-Alzheimer" pour aider les familles confrontées à cette terrible maladie.
En conclusion Mme Lallich lance cette formule : "Ajouter de l'humour à l'amour".
Madame Françoise Faivre vice-présidente de France-Alzheimer et des associations locales présente :
L'association France- Alzheimer qui assure: - des réunions de familles
- des sessions de formation en séances
- la formation de bénévoles
- la formation de personnels soignants
- des vacances pour 8 à 12 familles : couples et accompagnateurs édite des fiches sociales et juridiques.
Les associations locales qui représentent 85 antennes (Il n'yen a pas dans le Cher), et qui assurent:
- une écoute téléphonique
- une permanence avec 2 bénévoles
- l'aide de psychologues
- et organisent des groupes de réflexion spirituelle
Monsieur Jean Brossard. Sa femme a 56 ans en 1986 quand elle tombe malade. En 1992, elle est hospitalisée. 
Alzheimer n'arrive pas qu'aux vieux déclare-t-il. Les "jeunes" qui sont-ils? Des gens de 50 ans, voire même de moins de 40 ans. Sur 300.000 malades "Alzheimer", 10 à 20.000 sont atteints avant la soixantaine.
L'apparition de la maladie dans une famille provoque des problèmes financiers considérables surtout quand le conjoint est obligé de cesser le travail ou au contraire d'en chercher, et qu'il faut payer des garde malades.
Le second problème est un problème psychologique surtout auprès des adolescents ou grands enfants, qui se posent des questions quant à l'hérédité.
Des problèmes relationnels se posent aussi et provoquent des situations tendues avec la belle-famille qui a tendance a accusé le conjoint d'être en partie responsable, de l'état du malade.
Enfin un problème de prise en charge et d'accueil pour le malade "jeune" qui se retrouve en hôpital avec des gens qui pourraient être ses parents.
Après ces témoignages de familles de malades, nous assistons au témoignage des soignants:
Mme Claude Bergot, infirmière en hôpital de jour à Vierzon.
L'établissement fonctionne 2 à 3 jours par semaine pour accompagner le malade et sa famille.
Le malade est une grande charge de stress pour les familles. Leur vie sociale s'amoindrit. Elles ont peur de confier le malade et peur des problèmes financiers.
L'équipe soignante a une première. entrevue avec le patient et la famille pour évaluer la situation, voir comment elle est vécue, quel est l'aidant principal, voire s'il y a déjà syndrôme d'épuisement.
Ensuite, il faut essayer de faire accepter les aides matérielles et humaines, proposer de rencontrer cette famille tous les mois, les faire adhérer à des groupes de paroles qui fonctionnent une fois par mois, leur permettre d'exprimer leur ras-le-bol et faire accepter aux familles de se ménager du temps. Les enfants voient aussi leur vie bouleversée. Ce travail familial s'étale sur 8 à 10 séances.
Mme Hélène Courty, aide soignante à "l'Abbaye" à Vierzon (20 patients).
Dans ce pavillon, lever et petit déjeuner sont à la carte. Mais les horaires pour les repas doivent être respectés. On s'efforce de tenir compte de l'identité de chacun. La communication verbale est très importante.
Mme Claudine Aulanier, aide soignante au "Colisée" à Vierzon.
Nous avons organisé le séjour à la neige de 4 malades : Malgré la fatigue du voyage et le dépaysement, ces 4 personnes se sont accoutumés au gîte, ont marché dans la neige et sont allés manger la fondue au restaurant.
Cette expérience prouve que les personnes désorientées sont capables de s'adapter, en petit groupe, en dehors de l'institution.
M. Bernard Chauvet, cadre infirmier psychiatrique.
Il faut travailler sur le désir, l'émotion, l'affectivité de la personne, faire émerger le désir, créer un espace de liberté.
Chaque individu a une personnabilité qui est unique. Le rôle des cadres infirmiers est de permettre à chacun d'exprimer son agressivité au sein de l'équipe. Soigner les déments demande une qualification sans cesse renouvelée.
Mme Annette Massardier de l'association Tutélaire Gérontologique du Cher, présente les mesures de protection juridique et financière.
Elles sont attribuées par le juge des tutelles. Suivant l'état du patient, il bénéficie d'une mesure de tutelle ou de curatelle (mesure plus légère).
Les tuteurs sont tenus de préserver le patrimoine et de gérer le revenus du majeur protégé. Les difficultés sont soit un total désinvestissement, soit un souci exacerbé du détail de la part du majeur protégé.
Une part d'argent de poche est laissée chaque mois à la personne protégée.
M. le Docteur Leroux anime ensuite la table ronde qui permet aux participants de s'exprimer.
Parmi les nombreuses interventions, nous en retiendrons deux :
- Le témoignage de la fille d'un malade qui a suivi avec attention les débats, est particulièrement émouvant. Elle n'a trouvé sur son chemin aucune des aides évoquées. Elle s'est débattue toute seule et se retrouve dans l'obligation de placer sa mère dans une maison de retraite non médicalisée. Elle se demande que faire et manque cruellement d'informations.
L'association "France-Alzheimer" est prête à lui apporter son concours.
- Une directrice de maison de retraite qui ne peut pas accueillir des patients atteints de la maladie d'Alzheimer s'efforce néanmoins de garder les personnes qui en sont touchées. Pour ces personnes, il faudrait que l'Etat donne une allocation plus substantielle que le forfait de section de cure
CONCLUSIONS
Mme Geneviève Laroque dégage les conclusions de cette journée.
- Les psychiatres jouent un rôle important en favorisant la relation.
- Les soignants doivent se protéger pour pouvoir garder le contact nécessaire avec leurs malades.
- Une formation psychiatrique alliée à une formation gérontologique est indispensable car les professionnels ne sont pas suffisamment préparés à cette maladie.
Une formation doit être également proposée à l'entourage du malade.
- Malgré la prise de conscience des difficultés que présentent cette maladie, se sera très
long avant d'avoir dans les maisons de retraite, une unité spécialisée pour les malades
atteint par cette maladie.