COLLOQUE 2002
Le mardi 8 octobre 2002, 463 personnes venues du Cher et de la région Centre se sont réunies au palais d'Auron de Bourges à l'occasion du 10ème colloque du CODERPA du Cher sur le thème:
« Le vieillissement en milieu urbain et rural »
Madame la Préfète du Cher
Monsieur BULTEAU représentant Monsieur le Président du Conseil Général du Cher Monsieur VERDIER représentant Monsieur le Sénateur Maire de Bourges ouvrent le Colloque. Ils souhaitent la bienvenue aux participants ainsi qu'aux différents intervenants.


Thème 1 : "Qualifier aujourd'hui le vieillissement et la dépendance et en assurer la prise en charge"
Vincent COUTTON,
Doctorant, Equipe INSERM Démographie et Santé Montpellier
A l'aube du XXème siècle, le modèle du vieillissement divisé en deux périodes contrastées perdure: la cessation définitive d'activité est la borne d'entrée dans la vieillesse et le troisième âge, et un problème de santé introduit dans la dépendance et le quatrième âge. Dans le domaine de la gérontologie, la définition usuelle de la dépendance est par exemple « une personne qui Ile peut accomplir les actes élémentaires de la vie quotidienne sans l'aide d'un tiers », De nombreuses grilles ont été inventées pour mesurer ce concept. Les plus connues d'entre elles restent de 1l0S jours les ADL de Katz et les IADL de Lawton et de Brody. Plus récemment, un instrument - la grille AGGIR - fondé sur des groupes iso-ressources (GIR) est maintenant appliqué en France comme l'instrument national de mesure de l'état de dépendance d'une personne âgée à partir de laquelle 0n décide de l'aide qui lui est nécessaire.
La prise en charge est généralement définie comme l'aide et le soutien apportés pour satisfaire les besoins d'aide des personnes âgées dépendantes. On distingue en règle générale deux formes de prise en charge: l'aide formelle qui correspond à l'intervention des professionnels et qui peut s'effectuer aussi bien en institution (personnel des établissements) qu'en domicile ordinaire (services d'aide à domicile) et l'aide informelle qui représente tout le soutien et l'aide qu'apporte l'entourage à la personne âgée dépendante. Dans cet immense ensemble, on peut également distinguer les aides en nature des aides financières. L'aide en nature est multiforme, du changement d'ampoule électrique au plafonnier à la toilette intime, de l'entretien de la maison à l'accompagnement à la mort, toutes les activités peuvent être concernées
. Les aides financières qui peuvent être apportées aux personnes âgées dépendantes peuvent être regroupées en 3 catégories : les avantages fiscaux. l'aide sociale. les aides financières non Spécifiques aux personnes âgées
.
L'urbain et le rural ne sont pas confrontés de la même manière aux problèmes de la dépendance des personnes âgées. Si on reprend les résultats d'une enquête de la CNA V sur deux départements (1988), la dépendance est en proportion plus forte en milieu rural (communes de moins de 2000 habitants) qu'en milieu urbain (communes de plus de 2 000 habitants) du fait de la présence relativement plus importante des structures d'hébergement collectif des personnes âgées en milieu rural, notamment des maisons de retraite. En termes de coût, deux phénomènes s'opposent: la prise en charge de la dépendance en milieu rural est d'une part plus coûteuse du fait de la présence relativement plus importante de maisons de retraite, qui proposent des modes de prise en charge généralement plus onéreux qu'à domicile, et la prise en charge de la dépendance en milieu rural est d'autre part moins coûteuse du fait que l'aide à domicile est plus souvent bénévole, notamment du fait de l'éloignement géographique des aides professionnelles, et donc gratuite pour la collectivité.
Thème 2 "Mesurer les inégalités spatiales urbain rural du vieillissement"
Arnaud STEPHANY,
Chef Service Etudes et Diffusion, Administrateur INSEE
Les caractéristiques de la situation démographique actuelle du département du Cher expliquent pour beaucoup l'appréciation qui pourra être portée sur les évolutions prévisibles dans ce département au cours des prochaines années.
Fort de ses 314 000 habitants en 1999, le département a connu depuis le début du xx= siècle une évolution démographique qui le place bien en retrait de ce qui est observé ailleurs. Sa population n'a cessé de diminuer des années 1900 aux années cinquante ; la croissance, bien modeste, enregistrée ensuite s'est interrompue dans les années quatre-vingt-dix. Avec l'Indre, le Cher est le seul département de la région Centre à n'avoir jamais retrouvé son niveau de population de 1900.
Les évolutions récentes de population montrent que globalement le département cumule deux déficits:
-
un déficit naturel, car le nombre de naissances ne compense pas le nombre de décès;
-
un déficit migratoire, car le nombre de départs excède le nombre de nouveaux arrivants.
Bien évidemment cette situation n'est pas homogène sur le territoire du département et, d'une certaine manière, le rural et l'urbain
s'opposent. En effet la population rurale reste stable, pendant que la population urbaine diminue. La stabilité de la population rurale est due à l'arrivée de nouveaux habitants qui compense un solde naturel négatif. La diminution de la population urbaine s'explique quant à elle par un déficit migratoire important que le solde naturel, pourtant positif, ne permet pas de pallier. Toutes les villes de plus de 5 000 habitants sont concernées et, dans les agglomérations de Bourges et Vierzon, la diminution de la population n'est due qu'à celle des villes centres.
Le contexte économique que vit ce département depuis les décennies récentes explique cette situation. Très certainement la situation de l'emploi dans les zones de Bourges et Vierzon a influencé les comportements individuels et provoqué des migrations définitives. D'autres facteurs sont également à évoquer, comme l'âge de la population ou les caractéristiques des arrivants dans le département.
Sur le premier point, la structure par âge de la population du département le situe loin derrière la moyenne régionale. Pour 100 personnes de 60 ans ou plus, le Cher en compte 86 de moins de 20 ans: le niveau régional, 103, n'est atteint que par la zone d'emploi de Bourges (Vierzon 81, Aubigny 69, Saint Amand 61 ). Par rapport à la moyenne de la région, le taux de natalité (Plus faible) et le taux de mortalité (plus fort) expliquent le niveau du solde naturel.
Dans le même temps, les caractéristiques des migrants confortent cette situation. En effet le Cher est un des départements qui accueille le plus d'inactifs et les migrations vers les espaces urbains (attraction par l'emploi d'une population active) différent des mouvements vers les espaces plus ruraux (apport d'une population active, mais également d'une population retraitée).
A partir de cet état des lieux, il est possible d'esquisser .un profil démographique du département du Cher si se confirment à l'avenir les tendances constatées dans le passé en matière de mouvements naturels et de mouvements migratoires.
En 2030, le Cher devrait compter 290000 habitants, soit une diminution de près de 8 % par rapport à 1999. Pour 100 personnes de 60 ans ou plus, le département devrait compter 45 personnes de moins de 20 ans. Toutes les zones d'emploi auront un ratio inférieur à la moyenne régionale (57).
A partir de ces données globales, la présentation abordera de manière plus détaillée les perspectives démographiques en distinguant les évolutions des zones urbaines de celles des zones rurales, en commentant les évolutions de grands groupes d'âges dans ces zones. Quelle est l'influence des migrations dans ces perspectives démographiques?
Afin de faire prendre conscience des enjeux nouveaux que ces profondes modifications de la structure de la population pourraient introduire à l'avenir, le positionnement des zones d'emploi du département dans l'ensemble régional sera évoqué au regard de deux indicateurs dont le niveau devrait accompagner les évolutions attendues. Les deux indicateurs choisis pour l'exemple sont les suivants:
- le nombre d'emplois comptabilisés dans le secteur des services à la personne : Commerce de détail, réparations, activités récréatives, culturelles et sportives, services personnels et domestiques, santé et action sociale;
- un indicateur d'équipement pour les personnes âgées : services d'aide ménagère, foyer, portage de repas à domicile, soins à domicile, surveillance à domicile, ...
Thème 3 " Estimer la dépendance des personnes de 75 ans ou plus, sa prise en charge selon les spécificités urbaines et rurales de la région Centre"
Claude MICHEL Docteur en économie de la santé, INSEE
Parmi les 215 000 personnes âgées de 75 ans ou plus de la région CENTRE recensées en 1999, la dépendance concerne 30 500 personnes selon les critères de l'Allocation Personnalisée d'Autonomie (APA-Gir 1 à 4) estimée à partir de l'Enquête Handicaps-Incapacités-Dépendance (HIO) en institutions et à domicile. A domicile, résident 88,5% des personnes de 75 ans ou plus. Parmi celles-ci, 17 000 sont dépendantes, soit la majorité des personnes dépendantes de 75 ans ou plus. En institutions; sont prises en charge près de 13500 personnes dépendantes de 75 ans ou plus; l'âge moyen y est de 85 ans. La région Centre dispose de capacités en hébergements collectifs d'un bon niveau. L'entrée en institutions de personnes âgées se fait à partir d'un âge proche de 80. ans. La région Centre, avec 128 lits en maisons de retraite et long séjour pour 1000 personnes de 75 ans ou plus, est une des régions françaises les mieux dotées en hébergement permanent.
A domicile, la moyenne d'âge des dépendants est de 79 ans. Les personnes dépendantes reçoivent toutes une aide. Mais pour répondre aux besoins de maintien à domicile, la région Centre dispose d'un équipement en lits ou équivalents (places en service de soins à domicile, lits en hébergement temporaire et places en accueil de jour, unités de logements foyers) plus faible que la moyenne nationale avec 36 lits ou équivalents (pour 1000 personnes de 75 ans ou plus).
Pour la moitié des personnes âgées recevant une aide, cette aide provient uniquement de l'entourage, notamment pour le maintien à domicile en zone rurale. Les aidants non professionnels (bénévoles) sont surtout des femmes (66%) avec un âge moyen de 70 ans pour les conjoints aidants. Pour les plus dépendants, les aides sont généralement assurées par plusieurs aidants associant professionnels et non professionnels essentiellement familiaux, conjoints et filles (90% de l'aide non professionnelle). Les personnes vivant seules font plus souvent appel à une aide professionnelle. Au cours des prochaines décennies le nombre des aidants familiaux devrait fortement baisser, entraînant une plus forte intervention des professionnels.
Parallèlement-au vieillissement de la population, le nombre des 75 ans ou plus dépendants devrait augmenter de plus de 50% au cours des 15 prochaines années. Cependant, l'accélération du vieillissement de la population qui s'accompagne de l'amélioration de la durée de vie en bonne santé, ne permet pas d'éviter un alourdissement de la dépendance, qui serait lié à une augmentation des années de vie avec incapacités. En outre, les nouvelles populations âgées devraient se concentrer davantage en secteur urbain.
Par conséquent, la plus forte demande de prise en charge serait à prévoir dans ce secteur. Mais avec une diminution prévisible de l'aide de la famille ou de l'entourage, une aide professionnelle supplémentaire devient nécessaire. Les difficultés d'assurer cette prise en charge plus professionnelle seraient plus importantes en secteur rural isolé, et pourraient entraîner un transfert supplémentaire en institutions. Elles peuvent également se cumuler avec l'accès plus difficile aux soins de santé qui doivent être dispensés parallèlement à la prise en charge de la dépendance. En maintenant la même répartition entre la prise en charge en institutions et à domicile, près de la moitié du supplément de personnes dépendantes devrait être hébergée en institutions.